Suites Revue de PresseTéléchargez la revue de presse : Revue Presse sacre.pdf (21417 Kb) Libération, avril 2001, Maïa Bouteillet Nijinski inspire à l'ex-couple une collaboration et un solo
Suites, créé le mois dernier à La Passerelle, scène nationale de Gap (Hautes-Alpes), s'inscrit à la fois en miroir et en rupture du Sacre du Printemps. Première pièce signée par la seule Pernette, Suites augure d'un avenir chorégraphique en solo. Les interprètes sont les mêmes ; les pianistes (Gérald Budzinski et Wandrille Decaëns, très complices), placés cette fois-ci à l'avant-scène, prennent d'avantage part au jeu. À la partition de Stravinski répond celle de Debussy, mais la référence à Nijinski est ici plus directe. D'une part dans l'emprunt aux personnages du Faune et de Petrouchka dont les gestes ont nourri toute la chorégraphie, mais surtout dans l'univers d'enfermement qui s'en dégage. Nathalie Pernette dit avoir travaillé sous le choc de la lecture des Cahiers de Nijinski où le danseur russe exprime sa recherche désespérée d'un nouveau langage chorégraphique autant que l'angoisse de la folie qui le prend. La danse empêchée par un jeu de tables et de chaises traduit bien l'écriture obsessionnelle et le désarroi de la solitude. Pareils à des pantins au rouage grippé, ils s'évertuent en bruitages, cris, grimaces et mouvements à la mécanique enfantine, proches du délire verbal de l'artiste russe. Les deux interprètes ne dansent jamais ensemble mais comme dans des mondes parallèles. Sans rejoignement possible.
Danser, mai 2001, Jacky Pailley De la "Suite" dans les idées
Nous avons déjà dit ici tout le bien qu'il fallait penser du Sacre du Printemps d'Andréas Schmid et Nathalie Pernette, un duo qui explore la relation intime entre rupture et retrouvailles. Depuis, la rupture est consommée. Schmid se consacre désormais aux arts plastiques et Sébastien Laurent a repris son rôle. Il y a volontairement un esprit de suivi dans Suites, création de Pernette pour deux danseurs et deux pianistes, centrée sur la personnalité de Nijinski et la relation de la danse à la musique vivante. La chorégraphe s'interroge sur la solitude, l'enfermement, l'obsession, essayant de retrouver douloureusement certaines figures comme celles du "Faune". Sa chorégraphie périlleuse, souvent violente, jamais tranquille implique fortement les musiciens. Les musiques d'Alain Louvier et Gyorgy Ligeti sont elles-mêmes porteuses d'une gestuelle d'interprétation très poussée et impliquent une mise en jeu corporelle des pianistes Gérald Budzinski et Wandrile Decaëns. Une vraie réussite.
le Devoir, Montréal, novembre 2001, Isabelle Poulin Drôles de guerres
Avec Suites Nathalie Pernette s'est lancée seule dans la création chorégraphique après une lecture des Cahiers de Nijinski, Andréas Schmid assurant pour la dernière fois la scénographie. Le piano est maintenant en avant scène et les pianistes s'éloignent parfois de l'instrument, les seuls qui pourront momentanément sortir de cet espace étouffant. Le lieu est parsemé d'objets, deux tables, des chaises et une haie de bâtons. Cette fois, les corps sont vraiment habités par Nijinski, ses obsessions, ses délires, et la scène devient un lieu où les luttes de territoires sont encore plus féroces. Corps recroquevillés, soliloques, petits gestes vifs, pantins désarticulés, toute la souffrance du grand danseur s'étale devant un monde extérieur hostile, mais la pièce ne croule jamais sous la lourdeur. Parfois la musique de Ligeti et de Louvier déferle comme un cataclysme qui fait même ployer les corps des pianistes. Nathalie Pernette semble n'avoir aucune crainte, l'immobilité et le silence, l'humour colleté à la douleur ne lui font pas peur, tout arrive dans un magnifique équilibre, et l'émotion surgit là où on ne l'attendait pas. C'est une brillante carrière de chorégraphe en solo qui vient de commencer.
Le Dauphiné Libéré, mars 2001 Le Sacre du Printemps et Suites ont trouvé leur public
Suites a tenu les promesses de la première partie en poussant la création jusqu'à l'absence de musique sur certains passages, la participation des deux excellents pianistes, Gérald Budzinski et Wandrille Decaëns, au jeu de scène dans un rôle de comédiens. La chorégraphie se fait plus ample, plus dramatique. Le choix du décor, deux tables et six chaises en fer, éléments toujours en mouvement, le piano en avant scène mettent en valeur le jeu "agressif" des pianistes, les silences et les bruitages des danseurs alors acteurs, tout contribue à amplifier la dramaturgie inspirée de la folie latente du fabuleux danseur Nijinski du début du XXème siècle. "C'est un spectacle très vivant, rythmé et envoûtant", selon les spectateurs. À l'image de la représentation, le final sur la musique de Debussy est remarquable et apaisant après la tempête de "Suites". Le théâtre a raison d'aller vers des créations de cette qualité.
Danse, danse, danse, Jean-Marie Gourreau, juin 2001 Suites porte bien son nom. On y retrouve en effet les deux pianistes donnant la réplique aux danseurs dans une réflexion autour de Nijinski, qui fut notamment un grand interprète de ballets réglés sur la musique de Stravinsky. Pourtant l'œuvre n'était pas portée par la musique de ce compositeur mais par celle, tout aussi électrisante et novatrice de ses contemporains Louvier et Ligeti. Là encore, l'imagination de Nathalie Pernette était débordante, emmenant les musiciens et son public sur des chemins totalement ludiques, dans des corps à corps cocasses, dans des jeux drôles trouvant écho dans les jeux d'ombres sur l'écran au fond du plateau. Là encore on retrouvait ces pseudo-mouvements d'humeur, ces caprices – au fond si attachants – de gamine malicieuse et effrontée qui ne sait plus quoi inventer pour attirer l'attention, pour obtenir coûte que coûte satisfaction. L'œuvre se termina de façon diamétralement opposée sur une écoute, celle du de Debussy, hommage à Nijinski peut-être, musique envoûtante et voluptueuse, que la chorégraphe préféra nous faire goûter dans le pénombre, religieusement, comme un contraste salutaire avec la chorégraphie tourmentée du début de la soirée, fruit de son tempérament bouillonnant et un tantinet sauvage. Prélude à l'après-midi d'un faune
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