Nathalie Pernette

Défi, coups reçus, donnés, corps à corps avec l'invisible, une rude énergie ciselée par une gestuelle minutieuse… Outre la manipulation du corps de l'autre pour en saisir la mobilité articulaire, Nathalie Pernette ancre le mouvement dans la spontanéité, la décharge émotive nourrie de la sensation intérieure.

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Chez cette danseuse-chorégraphe formée au classique dès l'enfance, la danse prend corps, preste, tout en angles vifs. Instinct et rigueur sur fond d'interrogation permanente. Ce pêché mignon, son passage par l'école de Françoise et Dominique Dupuy, ne fait que l'affirmer.

Après avoir travaillé durant douze années avec Andréas Schmid, elle fonde en 2001 sa propre compagnie et conserve le répertoire des créations antérieures.

À la ville comme à la scène, toujours sur le qui-vive, Nathalie Pernette n'a de cesse de tester ses hypothèses, traquer ses obsessions. Longuement, passionnément, avec ce dosage de lucidité qui sied à une vraie tête chercheuse jamais contente. En seize ans et seize spectacles (dont six chorégraphies en tandem avec Andréas Schmid), Nathalie Pernette a fait du travail sa vertu.

Dès le premier duo,"Les Ombres portées" (1989), cinéma et arts plastiques sont sources d'inspiration. L'interrogation du rapport entre la danse et la matière est récurrente dans toutes les pièces. Lors du"Frisson d'Alice" (1992), immergée dans de l'argile, cette amoureuse de l'expérience réveille des émotions enfouies.

"Le Savon" (1997) met en scène la lente transformation de quatre corps nus recouverts de pigments bleu Klein. Une attention sensible à la texture chorégraphique, à ses dérapages, déjà en germe dans "Le Mur Palimpseste" (1993), né d'une conversation fertile avec des graffitis.

"Verba, Volant" (1995) émerge d'une observation de la perte des repères. Une fable existentielle dépressive qui veut encore croire au bonheur.

Entre ordre et chaos,"Relief(s)" (1999), explore les limites d'un trio dans une ambiance de fin de fête.

Balancelle, amoncellement de vêtements, cercle de blé, piano à queue… Dans cet espace scénique, à la fois sobre et empreint de mystère, est revisité le mythique "Sacre du Printemps"d’Igor Stravinski (1999).

Une première confrontation à la musique vivante que Nathalie Pernette développe avec "Suites" (2001), une pièce librement inspirée des "Cahiers" de Vaslav Nijinski. Un vertige pour deux danseurs et deux pianistes.

En janvier 2002, quelques mois après la création de sa compagnie, elle signe "Délicieuses", une pièce pour 5 danseurs hip hop et un pianiste. Une confrontation des mécaniques, celles des corps et des "Inventions" de J.S Bach.

En mars 2003, est créé "Le Nid"… Une fantasmagorie... Un spectacle qui conjugue le fantastique à l'ordinaire, frotte le morbide à l'humour.

Un monde ridicule et inquiétant, dominé par des peurs ancestrales...

"Je ne sais pas, un jour, peut-être…", c'est enfin la création d'un solo, après treize années de chorégraphie. "Je ne sais pas", amorcé en 2002, s'annonce comme le premier volet d'un autoportrait fragmentaire. Le triptyque finalisé à l'automne 2004au Théâtre de L'Espace à Besançon, constitue une sorte d'introspection, sur le fil du vrai et dufaux. Un entre-deux, un faire semblant.

Après "Délicieuses" et les Inventions de J.S.Bach, l'envie de creuser les rapports de la Danse hip hop à la musique classique persiste… Avec celle de risquer l'opéra. Nathalie Pernette s'attaque à "La flûte enchantée" : un spectacle multiple, disparate et populaire, créé au théâtre Jean Vilar de Suresnes en Janvier 2005.

2006 la naissance de deux objets chorégraphiques très particuliers. "Animale", en mars permet la rencontre d'une danseuse et de cinquante souris dans un espace réduit de 9 mètres carré. "Le cabaret martien", en juin, rassemble danseurs et musiciens, professionnels et amateurs dans une célébration de l'étrange. Une culture martienne est (ré)inventée !

"Animale", premier volet du triptyque "Les Naufragées", est suivi de "Pedigree" et du "Passage" à l'automne 2006. Ce spectacle en trois actes multiplie les croisements entre l'homme et l'animal (vu, entendu, suggéré), le vivant et l'inanimé, le hasard et l'expérience…

Un questionnement plus vaste enfin sur la présence en scène et le rapport au public, différent pour chacune des pièces.

"Le Repas", enfin, créé au Théâtre de la Ville - Les Abbesses à
Paris à l'automne 2007, permet à la chorégraphe de  transmettre et revisiter un certain nombre de ses "obsessions  chorégraphiques".

Corps passé à la loupe, rapport à l'objet, relation à la musique vivante, plongée dans les sensations internes... L'ensemble est orchestré pour six danseurs et une claveciniste autour d'une tables dressée mais jamais servie... 

A suivre !