La Lettre de la chorégrapheLA LETTRE DU PRINTEMPS 2010 QUELQUES REPÈRES POUR UN PROJET AUTOUR DES INDES GALANTES La compagnie Pernette est associée à la création des Indes Dansantes, une pièce chorégraphique et musicale sur l'œuvre de Rameau. Porté par l'Académie Baroque d'Ambronay, ce spectacle réunira 31 musiciens sous la direction d'Hervé Niquet et 10 danseurs tout juste choisis sur audition ! Une équipe artistique qui rassemble par ailleurs Daniel Pernette à la scénographie, Laurent Lefevre aux costumes, Caroline Nguyen aux lumières de même que Regina Meier et Laurent Falguieras pour l'assistanat artistique ! En préambule, un stage de 15 jours réunira la majorité de l'équipe autour de colloques et de temps de pratique. Les danseurs seront initiés à divers styles ; ils voyageront de la danse baroque à la danse indienne, de la danse africaine à la tap dance et danse percussive… Puis après un mois et demi de travail, la création verra le jour le 23 septembre 2010 au théâtre de Bourg en Bresse, co-producteur du projet, dans le cadre de la biennale de danse de Lyon. D'autres partenaires accueilleront le spectacle en diffusion d'ici le 9 octobre : Villefranche sur Saône, Saint Etienne, Vichy, Annemasse, Clermont Ferrand et Besançon. DES IMPRESSIONS Les Indes Galantes m'apparaissent comme une succession de vignettes multicolores – des actes détachés - sans rapport apparent, si ce n'est une sorte de voyage autour du monde mêlant héroïsme, "exotisme" et goût du spectaculaire. La deuxième permanence est évidemment la musique de Rameau ; complexe, finement diversifiée et globalement plus légère que la majeure partie de l'œuvre du compositeur. Une œuvre "à tricoter" avec le mouvement. TROIS ENTRÉES POUR UNE CRÉATION Je souhaite pouvoir mener en parallèle trois formes différentes de recherche et d'exploration. La première concerne le rapport à la musique (et au silence), la deuxième les fonctions de la danse et la troisième l'influence du costume sur le mouvement. Trois domaines d'intérêt à combiner ou dissocier selon les cas, dans les partis pris chorégraphiques des quatre suites de l'œuvre. Première piste de travail : Jouer avec la partition. C'est la dimension la plus abstraite. Une relation charnelle et tout à la fois très pensée avec la musique vivante et les partitions du répertoire ; amorcée avec Le sacre du Printemps et Suites, poursuivie avec Délicieuses et La Flûte Enchantée. Il s'agit de considérer l'œuvre musicale comme un partenaire avec lequel on joue, en accord, opposition ou complémentarité ; de "tricoter" les notes au mouvement avec esprit ludique et légèreté. - Danser "contre" ou "avec" une musique. - S'appuyer sur les différentes composantes d'une partition et voyager de l'une à l'autre. - Laisser résonner un morceau en soi pour lui trouver une réponse intime. - Composer avec le silence et le bruit produit par le corps: frappes, claques et glissements par rapport au sol, à la peau, à l'objet et émergence possible de la voix. (Une partition supplémentaire à accorder avec la partition ou laisser émerger dans une zone de silence!) Deuxième piste de travail : Les fonctions de la danse. Pourquoi danse-t-on? Est ce l'âge ? Un bilan nécessaire après dix-huit ans de carrière ? Une envie de sens, de retour aux sources ? Je ne sais pas, mais je me questionne aujourd'hui sur les origines de la danse… Les Indes Galantes peuvent être l'occasion de mener une recherche sur les différentes motivations et fonctions de la danse, puis d'y trouver un chemin, une réponse personnelle qui n'exclut pas les citations. Entrer en relation avec une autre dimension, dieu, esprit ou défunt ; exorciser un "mal", parader pour le sexe opposé, se préparer au combat, à la chasse, en s'approchant de l'âme de tel ou tel animal ; fêter un événement, victoire, union, naissance, fête nationale! L'ensemble de l'œuvre musicale peut être l'occasion de rejouer, à notre manière, un certain nombre de danses d'ailleurs, de rituels, une série d'épreuves en mouvement…. Un voyage dans un monde et des cultures imaginaires… Inspiré d'une réalité… Evidemment transformée. Troisième piste de travail : Le costume, empêchement et prolongement. Je suis depuis plusieurs années intéressée par le cadre, la contrainte, voire l'"empêchement". Accessoires, matières, scénographie peuvent ainsi limiter, cerner et enrichir une proposition. "L'étude du monde" que représentent pour moi Les Indes Galantes s'accompagne d'une possible étude de costumes traditionnels. Coiffes, manteaux, robes, bijoux… Autant de sources d'inspirations, d'extrapolations et d'exagérations pour des tenues bigarrées et inspirantes. N.Pernette |